MISSIONS EN MÉDITERRANÉE ORIENTALE DU 5e RHC EN 2023 ET 2024
(MEDOR)
Premier déploiement de l’échelon national d’urgence (ENU) aérocombat
Du 23 octobre 2023 au 7 février 2024, un DETALAT du 5e RHC, aux ordres du lieutenant-colonel Benjamin B., a été déployé en urgence en Méditerranée orientale à bord du porte-hélicoptères amphibie (PHA) Tonnerre. Cette mission s'inscrivait dans le cadre de la crise au Proche-Orient, au sein de la Task Force 471 (TF 471). Initialement prévu pour participer à l'évacuation de ressortissants au Liban, le détachement a dû s'adapter à une mission dont la nature a évolué vers une orientation humanitaire, menée à quai à El-Arish (Égypte) depuis le PHA Dixmude, tout en conservant la capacité de revenir à la mission initiale si nécessaire.
Rapidement desserré à Paphos (Chypre) en raison du manque de place à bord du PHA, le DETALAT a dû s'adapter et développer un réseau de coopération avec les forces armées chypriotes. Cette collaboration s'est établie naturellement par des échanges au sol et en vol entre les équipages TIGRE du détachement et les équipages GAZELLE chypriotes. Au-delà du renforcement des relations franco-chypriotes, cette coopération a permis aux équipages de mieux appréhender une période d'attente en vue d'un éventuel engagement au Liban, évitant ainsi une monotonie néfaste. Malgré les nombreuses incertitudes sur la durée et les objectifs, le personnel a fait preuve d'une ténacité, d'un moral et d'une discipline remarquables. Bien que l'activité opérationnelle se soit avérée limitée, le personnel engagé sur le Dixmude, principalement sur CAÏMAN, a exprimé une grande fierté de participer à une mission humanitaire au secours de blessés civils de la bande de Gaza, gravement touchés par le conflit israélo-palestinien. Le bâtiment avait été équipé pour l’occasion d'une capacité hospitalière augmentée en vue d’absorber un flux important de blessés graves, notamment des femmes et des enfants. Une fois stabilisés, ceux-ci étaient héliportés par CAÏMAN vers des hôpitaux égyptiens. Cette expérience a considérablement éprouvé les forces morales du personnel déployé, mais a renforcé leur détermination à servir.
Ce déploiement, le premier dans le cadre de l’alerte ENU pour l'aviation légère de l'armée de Terre après une décennie marquée par des relèves permanentes et planifiées en bande sahélo-saharienne, a été riche en retours d'expérience. Il a permis de remettre en œuvre certains savoir-faire et réflexes essentiels pour un engagement dans l'urgence. Il a également mis en lumière quelques faiblesses réglementaires, notamment en matière de restrictions dans le domaine des vols aux instruments (IFR) en CAÏMAN à l’étranger. Des progrès ont été réalisés et seront précieux pour les missions futures.
En outre, le desserrement à Chypre a révélé certaines faiblesses dans les habitudes de travail et l'hygiène numérique, qu'elle soit privée (téléphones portables), individuelle ou collective, dans une zone de brouillage quasi permanent et où l’influence de services de renseignements étrangers était prégnante. Les équipages ont ainsi été confrontés à des conditions de vol dégradées, sous brouillage radio et GPS, rendant indispensable l'utilisation de clefs de cryptage et de procédures durcies. Ce retour d'expérience, dans la perspective éventuelle de déploiements futurs sur la frange orientale de l'Europe, s'est avéré particulièrement précieux.
La mission a confirmé la capacité de l'île de Chypre à servir de point d'appui logistique fiable dans une région marquée par une instabilité durable. Le travail de coopération réalisé avec les unités chypriotes, avec l'appui de la Mission de Défense et de Sécurité, a permis de conforter la position privilégiée de la France auprès de l'île, ce qui pourra s'avérer utile pour de futurs déploiements.
Appareils :
Second déploiement de l’échelon national d’urgence (ENU) aérocombat
Du 30 septembre 2024 au 20 novembre 2024, le 5e RHC a de nouveau été déclenché pour armer un détachement, toujours sous les ordres du lieutenant-colonel Benjamin B. en vue de conduire un déploiement d’alerte, le second en huit mois, dans le cadre de la TF 471 en Méditerranée orientale. Ce déploiement, conduit dans des conditions similaires, a permis de constater de nombreuses évolutions positives et la prise en compte des pistes d’amélioration soulignées lors du mandat précédent.
De nouveau déployé dans le cadre de la crise libanaise en vue de réaliser, si nécessaire, une évacuation de ressortissants, le détachement a quitté Toulon à bord du PHA Mistral avant de desserrer en partie à Chypre sur la base aérienne de Paphos. Le rattachement administratif à l’opération Chammal a cette fois grandement facilité le soutien sur zone. Toutefois, l’éclatement du DETALAT entre l’île et le bâtiment, s’il permettait de conserver une équipe de planification ainsi qu’un module d’évacuation médicale à bord, n’a pas été sans contraintes dans la gestion du détachement. Cette situation a en revanche offert la capacité pour la TF de disposer d’un point d’appui logistique efficace à Chypre. Les échanges avec les interlocuteurs chypriotes ont en outre été facilités par les liens mutuels établis lors de la mission précédente et l’implication de la Mission de Défense et de Sécurité.
Toutefois, il est rapidement apparu que les frappes israéliennes particulièrement ciblées sur les quartiers chiites de Beyrouth mettraient peu en danger la communauté française, qui, bien que rassurée par la présence de la TF dans la zone, n’a au final pas manifesté le souhait de quitter le Liban, n’envisageant cette option qu’en ultime recours. Les études menées en planification ont tout de même permis de mettre à jour les plans d’évacuation et de travailler les mesures de coordination avec les nations étrangères (notamment les États-Unis, mais aussi le Canada, l'Allemagne, l'Australie, l'Italie, etc.). La mission s’est ainsi achevée mi-novembre, un mois et demi après le départ de Toulon.
En définitive, bien au-delà de l’expertise amphibie emmagasinée, le régiment a pu tirer grand parti de ces deux déploiements, les premiers en alerte depuis plus d’une décennie. Même s’il est vrai qu’il subsiste une certaine frustration de n’avoir pas été au bout de la mission pour laquelle il avait été déclenché, le 5e RHC a accumulé de l’expérience dans des conditions inédites et atypiques, notamment en mettant sur pied et en commandant le détachement français de Chypre, composé d’un noyau ALAT capable en sus d’assurer le rôle de hub logistique pour la Task Force, mais aussi d’un détachement mixte du commissariat (DMC), d’une équipe prévôtale et d’une équipe médicale, confirmant ainsi la capacité d’intégration interarmées des unités de l’ALAT et le caractère fondamentalement réversible de la fonction aérocombat.
Appareils :
Remerciements.
LCL Benjamin B., chef de BOI du 5e RHC.
Du 23 octobre 2023 au 7 février 2024, un DETALAT du 5e RHC, aux ordres du lieutenant-colonel Benjamin B., a été déployé en urgence en Méditerranée orientale à bord du porte-hélicoptères amphibie (PHA) Tonnerre. Cette mission s'inscrivait dans le cadre de la crise au Proche-Orient, au sein de la Task Force 471 (TF 471). Initialement prévu pour participer à l'évacuation de ressortissants au Liban, le détachement a dû s'adapter à une mission dont la nature a évolué vers une orientation humanitaire, menée à quai à El-Arish (Égypte) depuis le PHA Dixmude, tout en conservant la capacité de revenir à la mission initiale si nécessaire.
Rapidement desserré à Paphos (Chypre) en raison du manque de place à bord du PHA, le DETALAT a dû s'adapter et développer un réseau de coopération avec les forces armées chypriotes. Cette collaboration s'est établie naturellement par des échanges au sol et en vol entre les équipages TIGRE du détachement et les équipages GAZELLE chypriotes. Au-delà du renforcement des relations franco-chypriotes, cette coopération a permis aux équipages de mieux appréhender une période d'attente en vue d'un éventuel engagement au Liban, évitant ainsi une monotonie néfaste. Malgré les nombreuses incertitudes sur la durée et les objectifs, le personnel a fait preuve d'une ténacité, d'un moral et d'une discipline remarquables. Bien que l'activité opérationnelle se soit avérée limitée, le personnel engagé sur le Dixmude, principalement sur CAÏMAN, a exprimé une grande fierté de participer à une mission humanitaire au secours de blessés civils de la bande de Gaza, gravement touchés par le conflit israélo-palestinien. Le bâtiment avait été équipé pour l’occasion d'une capacité hospitalière augmentée en vue d’absorber un flux important de blessés graves, notamment des femmes et des enfants. Une fois stabilisés, ceux-ci étaient héliportés par CAÏMAN vers des hôpitaux égyptiens. Cette expérience a considérablement éprouvé les forces morales du personnel déployé, mais a renforcé leur détermination à servir.
Ce déploiement, le premier dans le cadre de l’alerte ENU pour l'aviation légère de l'armée de Terre après une décennie marquée par des relèves permanentes et planifiées en bande sahélo-saharienne, a été riche en retours d'expérience. Il a permis de remettre en œuvre certains savoir-faire et réflexes essentiels pour un engagement dans l'urgence. Il a également mis en lumière quelques faiblesses réglementaires, notamment en matière de restrictions dans le domaine des vols aux instruments (IFR) en CAÏMAN à l’étranger. Des progrès ont été réalisés et seront précieux pour les missions futures.
En outre, le desserrement à Chypre a révélé certaines faiblesses dans les habitudes de travail et l'hygiène numérique, qu'elle soit privée (téléphones portables), individuelle ou collective, dans une zone de brouillage quasi permanent et où l’influence de services de renseignements étrangers était prégnante. Les équipages ont ainsi été confrontés à des conditions de vol dégradées, sous brouillage radio et GPS, rendant indispensable l'utilisation de clefs de cryptage et de procédures durcies. Ce retour d'expérience, dans la perspective éventuelle de déploiements futurs sur la frange orientale de l'Europe, s'est avéré particulièrement précieux.
La mission a confirmé la capacité de l'île de Chypre à servir de point d'appui logistique fiable dans une région marquée par une instabilité durable. Le travail de coopération réalisé avec les unités chypriotes, avec l'appui de la Mission de Défense et de Sécurité, a permis de conforter la position privilégiée de la France auprès de l'île, ce qui pourra s'avérer utile pour de futurs déploiements.
Appareils :
- TIGRE : n° 6005/BJE, n° 6030/BKD,
- CAÏMAN : n° 1392/EBD, n° 1454/EBT, n° 1483/ECC.
Second déploiement de l’échelon national d’urgence (ENU) aérocombat
Du 30 septembre 2024 au 20 novembre 2024, le 5e RHC a de nouveau été déclenché pour armer un détachement, toujours sous les ordres du lieutenant-colonel Benjamin B. en vue de conduire un déploiement d’alerte, le second en huit mois, dans le cadre de la TF 471 en Méditerranée orientale. Ce déploiement, conduit dans des conditions similaires, a permis de constater de nombreuses évolutions positives et la prise en compte des pistes d’amélioration soulignées lors du mandat précédent.
De nouveau déployé dans le cadre de la crise libanaise en vue de réaliser, si nécessaire, une évacuation de ressortissants, le détachement a quitté Toulon à bord du PHA Mistral avant de desserrer en partie à Chypre sur la base aérienne de Paphos. Le rattachement administratif à l’opération Chammal a cette fois grandement facilité le soutien sur zone. Toutefois, l’éclatement du DETALAT entre l’île et le bâtiment, s’il permettait de conserver une équipe de planification ainsi qu’un module d’évacuation médicale à bord, n’a pas été sans contraintes dans la gestion du détachement. Cette situation a en revanche offert la capacité pour la TF de disposer d’un point d’appui logistique efficace à Chypre. Les échanges avec les interlocuteurs chypriotes ont en outre été facilités par les liens mutuels établis lors de la mission précédente et l’implication de la Mission de Défense et de Sécurité.
Toutefois, il est rapidement apparu que les frappes israéliennes particulièrement ciblées sur les quartiers chiites de Beyrouth mettraient peu en danger la communauté française, qui, bien que rassurée par la présence de la TF dans la zone, n’a au final pas manifesté le souhait de quitter le Liban, n’envisageant cette option qu’en ultime recours. Les études menées en planification ont tout de même permis de mettre à jour les plans d’évacuation et de travailler les mesures de coordination avec les nations étrangères (notamment les États-Unis, mais aussi le Canada, l'Allemagne, l'Australie, l'Italie, etc.). La mission s’est ainsi achevée mi-novembre, un mois et demi après le départ de Toulon.
En définitive, bien au-delà de l’expertise amphibie emmagasinée, le régiment a pu tirer grand parti de ces deux déploiements, les premiers en alerte depuis plus d’une décennie. Même s’il est vrai qu’il subsiste une certaine frustration de n’avoir pas été au bout de la mission pour laquelle il avait été déclenché, le 5e RHC a accumulé de l’expérience dans des conditions inédites et atypiques, notamment en mettant sur pied et en commandant le détachement français de Chypre, composé d’un noyau ALAT capable en sus d’assurer le rôle de hub logistique pour la Task Force, mais aussi d’un détachement mixte du commissariat (DMC), d’une équipe prévôtale et d’une équipe médicale, confirmant ainsi la capacité d’intégration interarmées des unités de l’ALAT et le caractère fondamentalement réversible de la fonction aérocombat.
Appareils :
- TIGRE : n° 6014/BJN, n° 6025/BJY,
- CAÏMAN : n° 1310/EAO, n° 1429/EBM, n° 1547/ECL.
Remerciements.
LCL Benjamin B., chef de BOI du 5e RHC.
Le détachement aux couleurs (photo Benjamin B.).
Les personnels du DETALAT avec les unités alliées sur Chypre (photo Benjamin B.).
Les personnels du DETALAT et le CAÏMAN EVM (évacuation médicale) à bord du Dixmude, à quai à El-Arish (photo Benjamin B.).
Évacuation médicale d’un Gazaoui vers un hôpital égyptien avec le NH90 n° 1454/EBT (photo Benjamin B.).
Décollage d’un CAÏMAN EVASAN du port d’El-Arish (photo Benjamin B.).
Le Dixmude à quai à El-Arish (photo Benjamin B.).
Vol en patrouille d’un TIGRE français et d’une GAZELLE chypriote dans le cadre d’un entraînement conjoint (photo Benjamin B.).